Fondu
: L’EXTERIEUR D’UN CINEMA DANS UN MALL DE BANLIEUE.
Un attroupement de jeunes, noirs et blancs, faisant la queue
pour la prochaine séance, attendant anxieusement de voir
le dernier film d’action du moment. Le film c’est
« Exit wounds », une tuerie entre des flics et des
dealers. Sans surprise, la star Steven SEAGAL est en haut de
l’affiche. Mais là, les spectateurs n’achètent
pas leurs tickets pour voir de l’icône du fil d’action.
Ils sont venus voir la star, DMX et sa voix tranchante, le rappeur
qui assure, et qui possède un charisme dingue, sans parler
de ses fans.
Quand le film est sorti l’année dernière,
la présence de DMX a produit plus d’effet qu’attendu.
« Exit wounds », avec 25 millions de dollars de
budget, récupère 52 millions au box-office mais
aussi 34.2 en vente de vidéos.
Du coup, DMX, l’artiste hip hop, un des plus chers du
moment, devient un véritable héros de films d’action.
La preuve en est avec son dernier film : il a demandé
4 millions de dollars de cachet.
LES
RAPPEURS DEGAGENT DE REELS PROFITS SUR LE GRAND ECRAN
DMX
ouvre le bal : une série d’artistes hip hop prennent
d’assaut Hollywood : on attend d’autres succès
de ce genre avec Ja Rule, Naughty by Nature’s, Busta Rhymes,,
Queen Latifah, Lil’Bow Wow et LL Coll J.
L’expansion de la culture Hip Hop ouvre de larges horizons
de dollars à l’industrie du cinéma et à
ses 8.4 millions de dollars. Les artistes hip hop sont les meilleurs
vendeurs à Hollywood, sans compter les ventes des bandes
originales des films, grâce aux titres hip hop, qui génèrent
aussi beaucoup de revenus.
LUMIERE
! ! CAMERA ! ! RAPPEURS ! ! !
L’influence
hip hop dans les films commence en 1982 avec le film «
Wild Style », et les acteurs Fab Five Freddy et Rock Steady
Crew, puis réellement quand « Krussh Groove »
sort en 85, avec LL Cool J et Run DMC. Mais, malgré d’autres
films comme « Beat Street » avec Doug E Fresh et
DJ Kool Herc, ou encore « Disorderlies » avec les
Fat Boys, l’impact du hip hop reste musical.
C’est en 1990, avec la sortie en salles du film «
House Party » réalisé par New Line Cinema,
qui génèrera plus de 26 millions de dollars de
recettes pour un budget de départ de 2.5 millions, que
la communauté hip hop se voit reconnue au niveau cinématographique.
Une série de films déferle : « Juice »,
« Boyz N the hood », « House party 2, 3 &
4 ».
Les artistes hip hop deviennent des stars emblématiques
au même titre que certaines stars du football ou que des
acteurs tels que Richard PRYOR, Eddie MURPHY et Whoopi GOLDBERG.
Outre le fait que ces artistes créent de réels
personnages à travers leur musique, la plupart développe
de réels talents d’acteur.
RAVIR
LA VEDETTE
Les
artistes hip hop ont un tel succès que faire apparaître
l’un d’eux dans n’importe quel film fait une
différence.
Certains, comme Will SMITH, ont atteint une telle popularité
qu’ils se produisent eux-mêmes. « Independance
Day » lui a coûté 1 milliard. Cette popularité
l’a hissé au rang des plus grands acteurs black
américains tels que Denzel WASHINGTON, Morgan FREEMAN,
Samuel L JACKSON, ou encore Hall BERRY.
Sa célébrité lui a permis de rentrer dans
le club très fermé des acteurs « à
20 millions de dollars », tels que Mel GIBSON, Harrisson
FORD et Julia ROBERTS, qui reçoivent cette somme pour
chacun de leurs films.
Pour ponctuer le tout, SMITH a reçu un Award pour son
rôle dans « Ali ». Touchant à la musique
et au cinéma de concert, SMITH a atteint un niveau que
beaucoup tentent d’atteindre, mais ou peu parviennent.
LL Cool J, lui, a atteint un niveau non supérieur mais
déjà très haut. Son parcours, entre séries
télévisées et films à gros budget,
fait de lui un des rares artistes qui ont d’avance gagné
la confiance de la sphère des producteurs et réalisateurs,
affirme Gary HARDWICK, qui l’a dirigé lors du tournage
des épisodes de « In the house », et de la
comédie romantique « Deliver us from Eva »
. Certains projets de film ne seraient pas acceptés sans
leur nom dans la distribution.
Ce qui rend si emblématique ces artistes, ce qui les
rapproche tant du public, c’est qu’ils ont fait
partie de leur vie à un moment donné via les séries
télévisées, qui ont énormément
de succès.
Toby EMMERICH, Directeur de Production de New Line Cinema, est
un de ceux qui aura le plus réalisé de films avec
les artistes hip hop, et donc le plus contribué à
l’émergence de cette culture au cinéma.

RAPPEUR
COOL, PROPRIETE « HOT »
New
Line a développé une relation extrêmement
profitable avec Ice Cube, l’artiste hip hop le plus «
à cran » qui a possède désormais
une solide réputation de scénariste et d’
acteur. Ils ont signé un contrat pour une série
de films dont le premier « Friday » fut un succès
commercial énorme : avec un budget de départ de
3.5 millions de dollars, la recette atteignit les 27 millions.
Idem avec les suivants. Grâce au succès de ces
films, la maison de production d’Ice Cube, Cube Vision,
a pu produire d’autres films pour un public afro-américain,
et « imposer » le cinéma afro-américain
au sein même du monde du cinéma « blanc ».
De ce fait, Universal a suivit la vague et a misé , au
début cette année, sur le potentiel d’artistes
tels que Method Man et Redman, avec le film « How High
». Le budget de 21 millions de dollars au départ
s’ est transformé en une recette de 31 millions
!

COMBATTRE
LE POUVOIR
Mais
Ice Cube reste clairement une exception à la règle.
Il faut avouer qu’Hollywood est toutefois réticent
à mettre à la disposition des réalisateurs
afro-américains tous les moyens de production et marketing,
dont ils auraient besoin. Les artistes hip hop ne voient pas
toujours la sortie d’un film en terme de budget.
En effet, le réalisateur « vétéran
» Ernest DICKERSON s’est donné pour challenge
de réunir la somme suffisante à la promotion du
film d’horreur « Bones » avec Snoop Dogg,
afin d’ en faire un grand succès. New Line avait
suivi une ligne marketing du genre de « Mets un rappeur
à l’affiche d’un film, et le public viendra
… » Mais malheureusement cette stratégie
du domaine du rêve laissa les salles à moitié
vides. Et DICKERSON de répondre que les gens ne savaient
pas que le film était sorti et que certains l’appelaient
en lui demandant la date officielle de la sortie en salles dudit
film.
En défendant la stratégie de New Line, EMMERICH
dit que cela permet de tester le film, les spectateurs qui défendirent
et soutinrent le film étaient pour la plupart de jeunes
afro-américains. Du même coup, le film ne reçut
qu’un très faible soutien marketing et des moyens
de production cinématographique très limités.
Les films qui connaissent les plus gros succès commerciaux
sont ceux dans lesquels des artistes hip hop talentueux et célèbres
jouent. Par exemple, quand Warner Bros sortit « Exit Wounds
», ce n’est pas seulement l’image du rappeur
DMX qu’on mit en avant dans la bande annonce et sur l’affiche
du film (au dessus de Steven SEAGAL) mais aussi sa musique,
avec son titre « No Sunshine », et la vente du clip
vidéo en DVD et du film en VHS/DVD.
Les
« business-rappeurs » comme No Limit’s Master
P et Roc-a-Fella’s Jay-Z ou encore Daemon Dash produisent
des films dont la plupart est destinée à la diffusion.
D’autres sont crées dans un but uniquement marketing,
et sont utilisés comme le tableau de service de la maison
de production, ce sont des produits auxiliaires ( voir la première
partie de la série d’articles « Hip Hop Economy
– Mai 2002 ).
Tentant
d’évaluer l’impact de l’influence du
Hip Hop dans la grande industrie du cinéma, HARDWICK
affirme que la plupart des studios continueront d’un point
de vue principalement marketing à préférer
un rappeur qui vend 30 millions de disques à un acteur
plus talentueux. « C’est ça, les affaires
» en déduit-il. « C’est notre boulot,
en tant que réalisateurs de toujours les rendre conscient
de ce qu’est vraiment l’art ».
"Merci
à Angélique pour la traduction"