COFFY

Vous partagerez mon avis. Il est impossible de demeurer l'icône de la grande époque du cinéma populaire afro-africaine, ou d'être l'égérie d'un cinéaste aussi inspiré que Quentin Tanrantino sans être une femme d'exception.
Dans Coffy de Jack Hill, Pamela Grier (ci-contre, à droite) paraît si forte et indestructible, qu 'elle impose avec conviction une image de superhéroïne soutenant un discours féministe latent phénomène rare dans un thriller de série B. Au coeur des seventies, ce film connu le succès par la subversion. Ses aficionados se comptaient nombreux au sein de la contre culture. De festivals en rétrospectives consacrées à la blaxploitation, aujourd'hui, il reste encore culte mais pour bien d'autres raisons.
Le moteur du film c'est la vengeance d'une femme noire nommée Coffy, infirmière à L.A.
A force de mauvaises fréquentations sa soeur est tombée en disgrâce. La prostitution, la drogue l'ont brisée, elle végète au fond d'un hôpital. Dès lors, Coffy réagit en femme bafouée et décide afin de punir les coupables de mener l'enquête.
(C'est pour cette raison que le film prend l'allure d'un polar).
L'entreprise périlleuse de Coffy, rencontre un obstacle de taille. Son fiancée, un politicien noir corrompu et sans scrupule est le complice des hommes qu'elle souhaite piéger : King Georges le proxénète, Arthur Vitroni le mafieux.
La mise en scène de Hill restitue avec une efficacité exceptionnelle le déroulement de ce projet.
On a maintes fois reproché au grand Sergio Leone le machisme ambiant de ses films, de fournir peu de place aux voix féminines. En offrant à Pam Grier le rôle titre, Hill se situe à l'opposé. L'insistance avec laquelle il film son courage, magnifie le personnage de Coffy en fait presque un mythe. Ce qui avait de quoi réjouir les puissantes ligues féministes de l'époque.
Le scénario renverse donc les oppositions traditionnelles entre sexe fort et sexe faible. Non seulement Coffy est indestructible, mais elle sait châtier comme il faut ceux qui lui portent préjudice. De ce point de vue, la femme est montrée sous un autre jour, mais elle reste constamment un objet sexuel. C'est encore plus vrai pour Coffy. Elle utilise volontier ses charmes pour " faire avancer son enquête ".
Les situations salaces sont l'un des grands ressort du film et s'avèrent jouissives pour peu qu'on aime l'outrance.Autrement, tous ces débordements de violences vous laissent perplexes ou dans un gros dégoût. L'assassinat de King Georges en est l'illustration la plus juste. Le proxénète finit les mains attachées par une corde reliée au par choc d'une voiture. Les hommes de main de Vitroni le trimbalent cruellement jusqu'à ce qu'il trébuche par terre et se transforme vite en charpie. Pas moins de neuf scènes explicitement perverses jalonnent ce film plein de bizarreries. Le sadisme étant le vice exprimé avec les variantes les plus folles : humiliations, dominations, sévices corporelles en tous genres combats de femmes sous l'oeil concupiscent des occupants d'un bordel. Bref, un parfum de scandale a toujours contribué à la réputation de ce film détraqué et crépusculaire.
En 1997, les programmateurs de " L'étrange festival "l'avaient compris. Ils livrèrent Coffy en pâture à un public avide de sensation fortes. Ce soir mémorable, la blaxploitation était à l'honneur et Jack Hill lui-même reçu en hôte de marque. Sous ses traits paisibles d'universitaires, Hill est l'un des réalisateurs les plus allumés qu'on puisse rencontrer. L'observation d'une oeuvre comme Coffy permet de mieux percevoir son influence sur des réalisateurs aussi iconoclastes que Abel Ferrara et Tarentino qui de leurs aveux le considèrent comme un cinéaste cultissime.
Ce film comporte un fond de critique sociale en faisant la satire " du clientélisme politique " dont l'un des protagonistes est la parfaite incarnation.
Il est légitime que les habitants du ghetto soient sensibles au discours qui prétend éliminer leur peine.
Pour devenir membre du congrès, le fiancé de Coffy est prêt à tout. Avec un bagou incroyable, il réussit à soutirer la confiance de " ses frères ". Le clientélisme politique consiste donc à draguer les minorités en achetant leur bulletin de vote avec de la monnaie de singe en vue d'empocher de gros mandats électifs. Lorsque les noirs eurent enfin la possibilité d'élire leurs représentants (justement à la suite des votes des lois sur les droits civiques) on observait de plus en plus ce phénomène. Ce film en fait la brillante démonstration.
Jamais la musique n'est aussi contrastée que dans un film d'honneur ou un thriller ordinaire. Souvenez-vous pour preuve des fameux plonk plonk plonk et des hi hi hi ! qui les accompagnent parfois à la limite du grotesque autorisant d'infâmes parodies. Le film de Jack Hill au contraire bénéficie de la maestria musicale du remarquable Roy Ayers. La pertinence du son et de l'image est absolument grisante. Comme Shaft ou Black Ceasar, Coffy est bien orchestrée. Sans forcer la comparaison on peut dire que ce film est un coffret plein de bijoux.
Il vaut le détour pour ce motif. Hill, musicien averti a vu juste en sollicitant Ayers. C'est son alter ego.
Cet artiste est franchement un habile habilleur d'images.
Ecoutez bien attentivement La Soul " chaloupée qui annonce l 'arrivée un peu comique de King Georges, personnage haut en couleur, et la Funk énergique des scènes de poursuites, vous comprendrez.
Nous avons droit à un beau " finish ". Les sentiments de Coffy déjà bien émoussés connaissent un ultime assaut. Doit elle céder au baratin de son politicien véreux de fiancé ?D'après la légende, les spectateurs de l'époque hors d'eux réclamaient sa mise à mort immédiate. Cette anecdote démontre bien la prégnance d'un film baigné d'émotions primitives.
Il existe un monde en dehors des médias dominants, un monde parallèle. C'est celui de BLACKMAP, c'est celui de l'underground c'est dans ces contrées que nous dénichons des films aussi fascinants que Coffy de Mister Jack Hill.
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