GENERATION SACRIFIEE (DEAD PRESIDENT) 1996

MENACE II SOCIETY laissait présager un immense potentiel. GENERATION SACRIFIEE confirme 3 ans plus tard tout le bien que nous pouvions penser des frères Hugues. Retour sur le chef d'œuvre "MAUDIT" du duo de talent.
Le contexte :
En 1996 tout le monde guette la sortie du dernier opus des Hugues brothers. Après le succès auprès de la critique et l'adhésion du grand public acquis sur le premier film, les deux frères se trouvent attendus au tournant.
Ils livrent en guise de réponse GENERATION SACRIFIEE, un authentique brûlot sur la société américaine.
Au fond, pouvions-nous attendre autre chose de ces deux prodiges ? Dans un genre complexe, ils tirent leur épingle du jeu.
Pourtant, comme un mauvais coup du sort, le film a été vite et fort injustement, jeté aux oubliettes, sorti dans quelques salles aux U.S.A, il ne connaîtra même pas cette reconnaissance en France et, dans la majeure partie de l'Europe échouant directement dans le circuit Vidéo.
Les frères Hugues :
Allen et Albert HUGUES (ci-contre, à droite) que l'on compare, par le talent, à d'autres duos de frères célèbres ; tels les frères COEN et les frères WACHOWSKY, connaissent le langage cinématographique sur le bout des doigts, ainsi que le cinéma de genre, notamment la "blaxploitation" dont ils réaniment l'esprit, le temps d'un film.
Le film :
GENERATION SACRIFIEE est un véritable manifeste politico-social dans lequel la fureur et le désarroi se côtoient, insufflant au film une ambiance intense et tragique.
Il faut pour cela, saluer la distribution qui, sans être prestigieuse, réunit une belle brochette de talents. On y trouve Keith DAVID qui s'est illustré en tant qu'acteur récurrent dans bien des films de John CARPENTER (l'une des icônes de la contre culture). Chris TUCKER, dans un de ses rares rôles dramatiques excelle. Il est devenu, depuis, une star outre Atlantique. Quant à Lorenz TALE, il interprète (Anthony CURTIS) le héros. Il est aussi le fascinant "O DOG" de MENACE II SOCIETY.
Suivant, à quelques détails près, le même clivage que VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER de M. CIMINO, les HUGUES passent au vitriol le Harlem des années 70, le quartier défavorisé mondialement connu de la grosse pomme.
L'histoire est la suivante :
Un jeune noir de 18 ans (Anthony CURTIS) retarde son entrée au collège pour s'engager dans les marines. Le personnage nous est donné après son retour de guerre. C'est sur ce postulat qu'est dépeinte une Amérique inégalitaire ; ou quand les limites du système américain atteignent leur paroxysme.
La pauvreté dans le ghetto ce n'est pas un phénomène nouveau, certes, mais jamais le film ne se montre complaisant à ce sujet. De même, la violence n'est pas gratuite, elle est tout juste illustrative. Et question violence, le film est particulièrement corsé, surtout lors des mémorables séquences de guerre au Vietnam. Mais n'est-ce pas pour mieux démontrer son absurdité ? En témoigne cette scène insensée où un soldat coupe la tête d'un Viêt-cong pour en faire un fétiche.
La guerre est malsaine, stupide, les frères HUGUES le hurlent à l'écran. Pour ceux qui en reviennent, elle est encore plus foudroyante. Nos héros sont délaissés, acculés à la pauvreté, après une guerre qui provoqua un dérèglement durable dans la nation US.
Car ces individus, quand ils ne reviennent pas camés, mutilés ou à moitié fous n'ont d'autres choix, que des solutions extrêmes. CURTIS, le personnage central, l'apprend à ses dépends. Avec son mentor et ses amis ils montent un casse, inévitablement voué à l'échec. Le destin de ces braqueurs est tragique. La sanction c'est la prison à vie, ou la mort. Leur seul héritage reçu, c'est un profond sentiment d'injustice : servir sa nation et être traité comme un moins que rien. Quel sacrifice !!! Un mot enfin, concernant la bande son avec les voix d'Otis REDDING, Isaac HAYES ou James BROWN qui se dévoua corps et âme à l'aboutissement du projet. Le Bronx des années 70 nous explose en plein visage sans concession. Jamais l'expression du désespoir lié à un tournant décisif de l'histoire moderne des ETATS UNIS ne fût aussi brillamment filmée.
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